L’héritage. (Fiction)
Anna
Juin 2024
originaire du Finistère, a grandi dans une maison familiale appelée "Ti va zadou", (Maison de mes ancêtres en breton) transmise depuis cinq générations. Cette maison, située dans le bourg de Brasparts, représente un lien profond avec ses racines familiales et la culture bretonne.
En 2016, Anna a participé à la rénovation d'une partie de cette maison, découvrant des éléments de costume breton, des photos anciennes et des cartes postales de François Joncour, un photographe et figure de Brasparts au XXème siècle. Ce fut un déclic.
Parallèlement sa connexion avec la culture bretonne s'est approfondie après avoir rejoint un cercle local à Châteaulin, où elle s'est impliquée dans la danse bretonne. Avant cela, elle avait exploré d'autres activités comme le scoutisme, l'équitation et le violon. Son intérêt pour le costume traditionnel breton et sa curiosité envers la culture locale ont été des facteurs déterminants dans son entrée dans le milieu de la danse bretonne. Au départ danseuse, Anna s’est investie à différents niveaux au sein de son cercle (écriture chorégraphique, danse traditionnelle, membre du bureau et coordination de projets pour le groupe).
Parallèlement à ses activités culturelles, Anna a entrepris l'apprentissage du breton à Quimper par immersion dans une formation pour adulte, ce qui a renforcé sa compréhension de sa langue et culture.
Anna a été élue reine de Cornouailles en 2023, pour les 100 ans de cette élection, un rôle qui l'a amenée à représenter la culture bretonne lors de divers événements (fêtes et festivals en Bretagne, inaugurations, prises de parole, rencontres diverses avec le public…). Elle avait réalisé un dossier sur le photographe braspartiate François Joncour cité plus haut.
En collaboration avec Didier, un ami rencontré au cercle de Châteaulin, Anna chante en fest-noz en Kan-ha-diskan, une technique de chant à danser a cappella traditionnel et tuilé en breton. Ils ont plaisir à reprendre des airs de diverses régions du Finistère mais en particulier la gavotte de Brasparts. Elle apprécie particulièrement de chanter et danser simultanément, bien que cela puisse présenter des défis dans les grandes salles pour se faire entendre.
En résumé, Anna incarne un lien vivant avec ses racines familiales et la culture bretonne à travers sa maison ancestrale, sa participation active dans la danse bretonne, ainsi que son apprentissage du breton. Son rôle de reine de Cornouailles illustre son engagement envers la préservation et la célébration des traditions locales, tout en explorant son identité culturelle à travers l'histoire familiale et locale.
Le cercle Livioù Kerien, auquel elles appartiennent, est composé d'environ 60 membres, il comprend plusieurs sections : danse scénique, loisir, enfants, broderie et cours de breton. Le cercle valorise la culture et l'inclusivité, accueillant des membres de tous niveaux et ne cherchant pas nécessairement la performance de haut niveau.
La transmission des techniques de confection, comme le plissage des cols, est également soulignée, montrant l'importance de la formation et de la compétence artisanale dans la préservation de ces traditions.
Cette structure démontre un fort engagement envers la culture bretonne et une volonté de la rendre accessible à tous, indépendamment de leur niveau de compétence.
100 eme Reine de Cornouaille, Anna raconte…
Je m’appelle Anna Robert, et j’ai choisi de reconstituer un costume de mariée traditionnel de Brasparts, ma région d’origine en Cornouaille, pour participer à l’élection de la Reine de Cornouaille. Mon costume s’inscrit dans la période des années 1920, une époque où la mode traditionnelle bretonne commence à être influencée par des styles plus citadins et l’introduction de nouveaux tissus. J’ai voulu saisir cette période de transition dont l’esthétique me plaît beaucoup.
Le costume que j’ai choisi de reproduire est celui porté par Marie-Catherine P. lors de son mariage avec Jean-Louis Marie M. en 1925 à Brasparts. Ce costume est très représentatif de la mode portée en pays Rouzig, mon pays : sobre mais chic !
À Brasparts, par exemple, la coiffe possède des ailes en forme de « 8 » relevées, alors que dans d’autres parties du pays Rouzig, les ailes sont remontées de façon plus droite sur le sommet de la tête et maintenues rectilignes par une paille. J’ai été attirée par l’idée de reconstituer un costume de ma commune d’origine et dans une mode où je me sens élégante.
Le costume de mariée de Brasparts que j’ai décidé de recréer se compose d’une jupe, d’une camisole (le haut), d’un croisé (pièce de textile carré sur la poitrine), d’un tablier brodé, d’une coiffe et d’un col. J’ai sélectionné ce costume à partir d’une photo en particulier à cause du tablier, qui mélange des broderies au fil et Richelieu. La broderie n’était pas courante dans notre pays avant 1915, mais elle s’est développé dans les années 1920, apportant une touche de modernité tout en restant ancré dans les traditions locales.
Pour réaliser ce projet, j’ai consulté plusieurs sources, dont des photos anciennes, des pièces textiles conservées dans des musées, et des récits oraux recueillis auprès de personnes âgées de Brasparts. J’ai travaillé étroitement avec Christophe Le G., un spécialiste du costume de Brasparts, qui m’a aidé à rassembler des photos et des descriptions de costumes de mariée des années 1920. Solène B., une brodeuse professionnelle, a également joué un rôle crucial en recréant les motifs de broderie du tablier à partir d’une photographie et des pièces textiles d’époque reprenant le motif de broderie. Malheureusement, je n'ai pas pu inclure d'éléments authentiques du costume d'origine dans ma reconstitution car ces éléments sont trop fragiles aujourd’hui. Cependant, j'ai utilisé des bandes de perles de jais authentiques provenant d'une jupe des années 1920 trop grande pour moi.
Le processus de reconstitution a été minutieux. Nous avons d’abord cherché les tissus dans divers magasins du Grand Ouest. Pour le tablier, j’ai opté pour du satin de soie duchesse, tandis que la jupe et la camisole ont été réalisées en satin de laine et de coton. Le velours bleu nuit que nous avons choisi pour ses reflets bleutés était utilisée pour confectionner les costumes à Brasparts à l'époque (petite subtilité par rapport aux costumes de nos voisins!)
Ensuite, nous avons travaillé sur les broderies, en consultant des experts et en étudiant attentivement les motifs sur des photos anciennes. La coiffe, élément central du costume, a été brodée selon un modèle authentique par Francine Salaün, une brodeuse réputée en broderie blanche. Pour la parure de mariée, Christophe L. s’est inspiré de la photographie du couple de 1925, recréant chaque détail avec soin dont la livrée et la couronne en fleurs d’oranger, signe distinctif de la mariée autrefois.
Voir le costume finalisé fut une expérience pleine d’émotions pour moi. Le résultat a largement dépassé mes attentes, et je suis ravie d’avoir pu contribuer à la préservation de notre patrimoine culturel. Mon objectif en recréant ce costume pour participer à l’élection de la Reine de Cornouaille était de rendre hommage à mes ancêtres, à la richesse de notre histoire vestimentaire et de créer un costume que je pourrai reporter par la suite. Je suis très fière du travail accompli par une belle équipe de gens talentueux et de la précision apportée à chaque étape de cette reconstitution. Mon costume représente non seulement une mode passée, mais aussi une partie vivante de notre culture bretonne.
A mes yeux ce costume me donne confiance en moi, ancrée dans mes origines et élégante comme aucune autre tenue, même plus moderne.
Mariage de Jean Louis Marie M. et Marie Catherine P. le 14 juin 1925