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Noce Glazik. (Fiction)

 

E brezoneg

 
 
 

Alan

1880.

Un vent d’effervescence souffle sur Quimper. Les ruelles s’agitent, l’ambiance est à la fête. Aujourd’hui, c’est jour de noce. Alan enfile son costume. Son pantalon bragou de couleur sombre qu’il resserre au genou à l’aide d’un lacet. Au-dessus de son col amidonné, il revêt un gilet de drap de laine bleue. Orné d’une broderie de soie aux couleurs vives et de boutons en métal, son gilet glazik fait de lui un enfant du pays de Quimper. Et il sourit alors à l’idée que les hommes des communes voisines l’appellent le Glazik ou le Petit bleu, en référence à ce gilet qu’il aime tant porter. Après avoir endossé son chupenn sans manches, lui aussi brodé de fils colorés et cousu de boutons, il soigne sa parure. Autour de sa taille, il ajuste son gouriz de cuir et se plaît à penser qu’en arborant ce cœur de métal, il rend hommage à l’âme de la Cornouaille. Fixant à son gilet sa chaîne de montre, il s’aperçoit que l’heure tourne. Lui aussi doit sans tarder prendre part à la cérémonie. Alors, il chausse ses bottines en cuir puis les recouvre de guêtres de cuir qu’il attache au moyen de boutons en métal. Il se coiffe enfin d’un chapeau de feutre noir agrémenté de chenilles jaunes et d’un étroit ruban de velours. Notre Breton a fière allure. Chaque broderie de son costume est unique et met à l’honneur les coutumes de Quimper. S’apprêtant à rejoindre le flot des convives, il pousse la porte quand les vents séculaires se saisissent de lui.

 

À travers nos mémoires, ils l’emportent bien loin. Dans un tout nouveau monde et pourtant si semblable. Du passé au présent, il n’y a qu’un soupir. Un souvenir dansant, une leçon de vie. Voilà notre homme désormais en 2024. Son costume réalisé par le cercle celtique de Kerfeunteun. Son gilet bleu qu’il pourrait reconnaître entre mille tant il est couvert des poils de son chat. L’époque est différente mais Alan est le même. L’esprit de la Bretagne coule dans ses veines. C’est à son père qu’il doit son amour infini pour la culture bretonne. Son père, parlons-en. Nourri par ses racines léonardes et quimpéroises, il apprivoise très jeune la cornemuse. Mais, la vie est ainsi faite qu’il doit un jour quitter sa terre natale. Arrivé à Paris, il fonde le Bagad Keriz avec ses amis.

 

 

Puis, il crée plus tard le Bagad de Bordeaux avec Loïc Denis. Alan se souvient de son enfance heureuse. De ces étés passés à défiler derrière le Bagad de son père au festival interceltique de Lorient. Et comment oublier ces moments de partage, quand il jouait de la caisse claire au Bagad de Bordeaux puis au Bagad Keriz. Puis, il se remémore l’année 2014. C’est là que la danse est entrée dans sa vie. Il fait ses premiers pas aux Mibien Ar Mor de Poissy, alors vêtu du costume de Rhuys. Puis, il intègre enfin les Eostiged Ar Stangala de Kerfeunteun. Quimper lui offre son fabuleux costume. Celui qu’il aime tant et ne veut plus quitter. Il danse à l’unisson avec ses amis. Il danse pour la vie, la mémoire et la liesse.

 

Et s’il pouvait ici vous confier un secret, il vous dirait qu’il aime le Kas a Barh du pays vannetais. Mais, n’allez pas le répéter ! Alan vit à Quimper, il est avocat et, à ses heures perdues, il revêt son costume de cérémonie. Avec ses compagnons de danse, il se sent en famille. Heureux de faire revivre les traditions locales, il se plaît à ancrer les trésors du passé dans l’ère de la modernité. Le cœur d’Alan bat au rythme des airs bretons et même son chien, Jabadao, porte le nom de sa danse favorite, le Jabadao Glazik !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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